La petite histoire de l’Australie

Depuis les abysses des jungles préhistoriques aux gratte-ciels de la civilisation contemporaine, en passant par le Temps du Rêve aborigène et par les conflits des Guerres Mondiales, zoom sur l’histoire mouvementée du tandem formé par une jeune nation et un vieux continent.

L’Australie au temps des dinosaures

Il y a des centaines de millions d’années, les océans de notre terre n’abritaient qu’un unique super continent, Pangea. L’histoire de l’Australie commence avec la division de Pangea en deux moitiés, deux nouveaux continents : Laurasia, qui formera plus tard l’Europe, l’Asie et l’Amérique du Nord ; et Gondwana, une vaste masse dont se détacheront l’Amérique du Sud, l’Afrique, l’Antarctique et… l’Australie. Ce nom, « Gondwana », se retrouve encore dans certains parcs naturels de la côte est : il décrit également les forêts, listées au patrimoine mondial de l’UNESCO, qui sont les dernières survivantes d’une époque où le continent rouge était une toison verte au climat tropical et à la végétation luxuriante. Dans ce passé obscur et lointain, l’Australie était peuplée de dinosaures dont on retrouve aujourd’hui encore les os fossilisés dépassant de la terre au beau milieu des immenses propriétés poussiéreuses de l’outback.

Les premiers colons, les aborigènes

Àl’échelle de ces milliers de millénaires de lente évolution, l’arrivée de l’homme sur le continent australien, c’était à peine hier. Pourtant, la culture aborigène est la plus ancienne au monde : il y a entre 40.000 et 60.000 ans, les aborigènes foulaient pour la première fois le sol australien. Le mystère de leur arrivée demeure entier, et même si des théories permettent de rationaliser la venue de ces premiers colons de la race humaine, leur exploit n’en inspire pas moins le respect : à une époque préhistorique, ce sont des hommes originaires d’Asie du Sud Est qui auraient réussi le tour de force de se rendre jusqu’en Australie à bord de simples canoës.

Les aborigènes s’installent et au fil de leur existence semi-nomade se dispersent à travers le continent. Pour survivre, ils pratiquent la chasse, la pêche et la cueillette, aidés par des outils faits de bois et de pierre – certains au design unique, comme le célèbre boomerang. Mais au-delà de leur existence physique, les aborigènes se forgent également une existence spirituelle : les mythes du « Dreaming », le Temps du Rêve, donnent vie à un paysage où chaque colline, chaque fleuve, chaque repère géographique est le fruit des pérégrinations des Ancêtres. Ces esprits magiques adoptant généralement une apparence animale sont sacrés, et ce sont eux qui tiennent le rôle de créateurs du monde. En l’honneur de leurs Ancêtres et pour illustrer leur vie quotidienne, les aborigènes laissent aussi derrière eux des milliers de sites de peintures et de gravures traditionnelles dans différents styles.

Pendant des dizaines de milliers d’années, la vie continue ainsi dans le respect des Ancêtres et de la terre, et dans l’isolation absolue de l’un des derniers bouts du monde.

Le siècle des grands explorateurs et des nouveaux colons

C’est seulement au 17ème siècle que les européens entrent en jeu : en 1606, le capitaine hollandais Willem Janszoon visite la côte ouest de la péninsule du cap Yorke, dans le nord tropical du Queensland. Au fil du siècle à venir, d’autres explorateurs européens, dont le britannique William Dampier, visitent la côte de ce continent mystérieux qu’on appelle alors la Nouvelle Hollande mais personne ne tente de s’y établir.

Aborigénes

Il faudra attendre 1770 et la venue du célèbre capitaine James Cook, qui prend possession du continent au nom du Royaume Uni, pour que débute l’ère de la colonisation. À cette époque, on estime que le peuple aborigène compte entre 300.000 et 750.000 hommes et femmes répartis en 250 nations, parlant autant de langues. Malgré ces chiffres et en dépit des indigènes rencontrés, aux yeux des européens l’Australie est libre à prendre : ils la considèrent comme « terra nullius », une terre vide d’hommes que les nouveaux colons pourront s’approprier sans contraintes ni cas de conscience.

Le grand explorateur James COOK
Le grand explorateur James COOK

De cette terre lointaine et « dépeuplée », les autorités décident de faire une colonie pénitentiaire : le 26 janvier 1788 le capitaine Arthur Phillip jette l’ancre à Port Jackson, site de la toute nouvelle colonie du New South Wales, « chef lieu » qui deviendra plus tard Sydney. Sous son commandement, 11 navires transportant provisions, outils, matériel et 1500 âmes – dont pas moins de 750 prisonniers. Cette fois, les européens sont venus pour rester et le destin du continent est scellé : le 26 janvier restera à jamais marqué dans l’histoire et devient la date de la fête nationale d’Australia Day qui commémore chaque année la création de la nouvelle nation australienne. Une date à double tranchant, puisque pour le peuple aborigène, elle pourrait aussi bien marquer le deuil de leurs propres nations : dépossédés de leurs terres traditionnelles, ravagés par les maladies importées par les colons et victimes de violentes altercations, les aborigènes sont rapidement poussés vers leur perte.

Pour les colons et les bagnards, les premières années sont les plus difficiles : ils doivent affronter la faim et la maladie tout en essayant de se familiariser avec un environnement bien différent de celui de leur mère patrie.

De 1788 à 1792, les prisonniers représentent la majorité de la population de la colonie – en tout, 160.000 condamnés seront envoyés en Australie entre 1788 et 1868, date d’arrêt des déportations criminelles. Mais graduellement, ce sont aussi des hommes libres qui commencent à composer la population locale : anciens condamnés ayant regagné leur liberté après avoir purgé leur peine et nouveaux colons arrivant par bateau, attirés par la promesse d’un nouveau continent où le travail ne viendrait jamais à manquer et où la terre pourrait s’acquérir pour une bouchée de pain.

Mais pour acquérir cette terre, encore faut-il savoir où chercher : le 19ème siècle sera placé sous le signe de l’exploration. Celle-ci commence par voie des eaux : en 1802, le capitaine Matthew Flinders boucle la première circumnavigation du continent.

Il faut attendre 1813 avant que les européens ne parviennent à franchir le rempart des Blue Mountains
Il faut attendre 1813 avant que les européens ne parviennent à franchir le rempart des Blue Mountains

Une longue aventure qui pâlit pourtant en comparaison des difficultés rencontrées dans les terres, où il faut attendre 1813 avant que les européens ne parviennent ne serait-ce qu’à franchir le rempart des Blue Mountains, la chaîne à l’ouest de la colonie de Port Jackson. Les expéditions s’étendent alors de plus en plus loin : Hume et Hovell font un aller-retour entre les sites des futures Sydney et Melbourne, Charles Sturt arpente l’outback du New South Wales en quête d’une chimérique mer intérieure, Burke et Wills décèdent en tentant de traverser le continent, John MacDouall Stuart réalise l’exploit à leur place.

La ruée vers l’or et le décollage de  l’Australie

Au fil du temps et des explorations, de nouvelles colonies apparaissent : les britanniques s’installent sur l’île de Van Diemen’s Land (future Tasmanie) en 1803, sur les berges du fleuve Brisbane en 1824, sur les rives de la Swan River (future Perth) en 1829, à Port Phillip (future Melbourne) en 1835 et à Glenelg (future Adelaide) en 1836. Cette dernière colonie est unique en son genre : alors que toutes les provinces australiennes furent initialement des colonies pénitentiaires entièrement fondées sur le dur labeur des bagnards, le South Australia détient l’honneur d’être le seul état du pays à avoir été créé par des hommes libres aspirant à des idéaux de tolérance politique et religieuse.

Après ces débuts ardus et miséreux, l’Australie sent enfin souffler le vent de la prospérité quand, en 1851, des prospecteurs découvrent de l’or dans le New South Wales et le Victoria. Sans attendre, c’est la ruée vers l’or : séduits par la promesse d’une fortune imaginée facile, des milliers d’immigrants en provenance d’Europe, d’Amérique du Nord et de Chine convergent droit vers l’Australie pour aller tenter leur chance dans les ruisseaux.

La population gonfle : de 76.000 habitants en 1851, la colonie du Victoria passe à 530.000 habitants en 1859 ! Une vertigineuse augmentation démographique qui a tôt fait de créer des tensions : sur les concessions bondées, racisme, concurrence et mécontentement à l’encontre du gouvernement qui surtaxe et méprise les prospecteurs sont autant de facteurs qui contribuent à une explosion d’émeutes et de violence. Heureusement, les autorités réagissent et en modifiant les lois parviennent de nouveau à régulariser la situation.

L’Australie peut profiter de sa richesse nouvellement gagnée : d’autres gisements d’or sont découverts dans le Queensland et le Western Australia, l’élevage et l’agriculture prennent leur essor et l’ensemble de ces industries bénéficient du développement des transports de marchandises par train et par bateau.

L’économie est florissante et les villes s’agrandissent à toute vitesse, avides d’une urbanisation et d’une sophistication qui leur permettront de rivaliser avec Londres sans rougir. Pour autant, le côté « far west » de l’Australie n’a pas disparu : les « bushrangers » sévissent encore dans les campagnes.

Armure Ned Kelly
Armure du BushrangerNed Kelly

Ces hors-la-loi vivant de vols et de larcins et échappant à la police en se réfugiant dans les profondeurs du bush étaient peut-être de simples criminels à leur époque, mais du point de vue de l’Australie moderne ils font partie intégrante du folklore d’une époque disparue. Le plus célèbre d’entre tous, Ned Kelly, avait même eu la légendaire ingéniosité de se revêtir d’une armure « fait maison » dont les plaques métalliques le protégeraient de toute blessure par balle. Rattrapé par la justice, Ned Kelly mourut pendu en 1880.

Vers l’autonomie puis l’indépendance

Durant la seconde moitié du 19ème siècle, les nouveaux australiens sont de plus en plus confrontés à la question de leur gouvernement : Londres accorde graduellement une certaine mesure d’autonomie à ses colonies australiennes. Motivés par leur souhait de démocratie, les australiens inventent de leur côté le principe du vote secret, permettant à chacun de sélectionner le candidat de son choix en privé.

Le suffrage universel est adopté dès 1855 par le South Australia et les autres colonies suivront rapidement. Bien sûr, à l’époque, universel est une notion toute relative : seuls les citoyens britanniques de sexe masculin sont autorisés à voter. Il faudra attendre 1861 pour que les femmes puissent voter aux élections locales, et 1895 pour que ce privilège s’étendent à l’élection du parlement.

Les aborigènes seront à leur tour autorisés à voter quelques années plus tard, juste à temps pour les premières élections fédérales : en 1901, les colonies jusque lors indépendantes et disparates s’unissent en une seule fédération, le Commonwealth d’Australie. Une étape essentielle et fondatrice pour la nation, malheureusement marquée par le racisme : l’une des premières politiques du parti élu au pouvoir sera celle de l’Australie blanche (« White Australia ») visant à « contrôler » les immigrants en provenance d’Asie, d’Inde, du Pacifique et à préserver les origines ainsi que les valeurs européennes/britanniques des nouveaux australiens. Il faudra attendre 1970 pour que cette politique soit peu à peu abandonnée.

L’Australie au cœur des conflits mondiaux

Si jusque lors l’Australie pouvait sembler être laissée plus ou moins à son sort, son relatif isolement se termine à l’aube du 20ème siècle quand éclate la Première Guerre Mondiale.Entre 1914 et 1918, plus de 400.000 australiens – soit entre 30% et 50% de la population masculine éligible du pays à cette époque – se portent volontaires pour aller combattre aux côtés du Royaume Uni.

bataille Amiens
46 000 Australiens sont morts en combattant en France – Copyright Wikipedia

Le traumatisme de cette première guerre d’importance est grand, les pertes lourdes : 60.000 morts et 160.000 blessés. Pour commémorer ce drame militaire, une date a été choisie : le 25 avril, ANZAC Day (« Australian and New Zealand Army Corps ») est jour de fête nationale en Australie. Il s’agit là de la date anniversaire de l’arrivée des troupes australiennes à Gallipoli, en Turquie, où en l’espace de 8 mois de combat plus de 8000 soldats australiens trouvent la mort.

La première moitié du 20ème siècle continue sur la mauvaise pente : dans les années 1930, l’Australie est victime de la Grande Dépression. Grande exportatrice de laine et de blé, elle voit les prix des marchandises s’effondrer et les bénéfices réduis à néant. L’économie s’enlise, le taux de chômage s’envole, l’endettement s’accroit et les gens mécontent manifestent dans les rues. En 1939, le pays se relève à peine de la crise lorsqu’éclate la Seconde Guerre Mondiale. Les australiens apportent de nouveau leur soutien aux forces Alliées, mais cette fois ils ne combattront pas seulement en Europe : la menace japonaise est à leurs portes.

Pour la première fois, l’Australie est victime d’attaques adverses sur son propre sol : le 19 février 1942, les japonais bombardent Darwin, détruisant une bonne partie de la ville. Des dizaines d’autres raids aériens auront lieu jusqu’à la fin de la guerre. Pour tenter de stopper l’invasion japonaise qui s’annonce, les australiens se battent aussi chez leurs voisins : à Singapour, ils sont contraints de se rendre et 15.000 sont faits prisonniers. En Nouvelle Guinée, dans les terribles conditions de la jungle équatoriale, les soldats australiens tiennent bon pour protéger leur patrie. Cet événement, lui aussi, est marqué au fer rouge dans la conscience historique collective de la nation, et aujourd’hui encore les descendants de ces soldats se rendent jusqu’en Nouvelle Guinée pour marcher la Kokoda Track, un véritable pèlerinage dans les traces de leurs ancêtres.

L’Australie multi-ethnique et multiculturelle

Après la guerre, l’Australie peut enfin repartir du bon pied. La paix est revenue, la santé économique aussi : il n’est plus question de dépression mais de boom. L’industrie secondaire se développe à pas de géant et le continent ouvre grand les portes à l’immigration. Bien que la plupart des immigrants soient toujours d’origine britannique ou irlandaise, c’est le début de l’Australie grecs, italiens, turcs et libanais sont parmi les dizaines de nationalités à venir s’établir à l’autre bout du monde.

l'Australie est multiethnique et multiculturelle
l’Australie est multiethnique et multiculturelle

Tous trouvent rapidement du travail dans les usines ou grâce aux projets de grande envergure lancés par le gouvernement, tels que l’ambitieux projet hydroélectrique des Snowy Mountains, exigeant la construction d’une quinzaine de barrages et de 7 stations électriques.

En 1959, la population australienne franchit la barre des 10 millions. L’industrie primaire, elle aussi, se porte bien : les prix de la laine et du blé sont remontés et l’Australie exporte ses denrées en masse. Dans les années 60-70, le pays prend de plus en plus d’assurance et développe son identité nationale, culturelle et artistique : Sydney fête l’ouverture de son iconique opéra, le cinéma australien se développe, et un auteur australien remporte le Prix Nobel de littérature.

Les droits sociaux des aborigènes deviennent de plus en plus reconnus, ils obtiennent pensions, allocations, extension de leurs droits de vote et reconnaissance de leurs droits sur leurs terres ancestrales. Malgré tout, il faudra attendre l’élection de Kevin Rudd en 2007 pour que le gouvernement australien présente enfin des excuses officielles au peuple aborigène pour leur mauvais traitement lors de la colonisation.

L’Australie et les défis du 21éme siècle

En 2011, l’Australie s’est établie comme une nation riche, jeune et forte. À sa tête, une femme : Julia Gillard, qui a succédé à Kevin Rudd de façon mouvementée. Et si la bonne santé du pays suggère un avenir radieux, il reste encore de nombreux dossiers épineux sur le bureau du gouvernement : mauvaise intégration du peuple aborigène qui souffre du chômage, de violence, de drogue et d’alcoolisme, immigration illégale difficile à contrôler des « boat people », inquiétudes environnementales et question ouverte de la viabilité d’une population en constante augmentation sur le continent le plus aride au monde… Autant de défis que l’Australie se prépare à affronter au 21ème siècle.

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