ALICE RESURGENCE (extraits)

 

 

projet2.pngL’EFFET PAPILLON !

L’effet papillon, cette métaphore à la mode désigne le fait selon Edward Lorenz qu’un battement d’ailes au Brésil peut provoquer une tornade au Texas. Paradoxalement, remonter le temps peut avoir des incidences sur le cours des choses. Les changements n’allaient pas tarder à se manifester.

 

Avoir un malaise n’est pas un acte courant pour un ancien militaire, aussi l’évènement ne passa pas inaperçu. Aucun journaliste n’était fort heureusement présent pour relater ou déformer les faits. Le médecin conclut à un virus pour les deux patients et ne répondit pas à la question de la simultanéité des symptômes posée par le Commodore. En réalité, il ne savait pas ce qu’il s’était passé.
À leur réveil, nos deux voyageurs étaient moins loquaces qu’à l’accoutumée, surtout Emy. Ils avaient des flashs d’un temps futur qui se précisaient d’heure en heure et s’échangeaient leurs impressions :
— Emy, nous avons voyagé dans le passé, tu ne crois pas ? s’interrogea Rich.
— Oui papa, mais je ne me rappelle toujours pas depuis quand. Pour moi c’est la première fois, toi tu es habitué, enfin je crois, non ?
— Pas vraiment, une fois je me suis retrouvé bien loin dans le futur, mais jamais je n’avais remonté une année, surtout avec des potions aborigènes. Les jours de pleine lune, je voyage un peu plus loin. C’est l’occasion de corriger certains évènements, mais jamais nous ne pourrons éviter l’IEM. C’est trop tard.
— Où sont tes runes ? La grotte la plus proche ?
— Je ne sais pas, je n’ai rien dans mes poches, et toi, Emy ?
— Non, rien ! On va devoir revivre une année entière ?

(…) Sur le moment Rich pensait plus à ses proches qu’aux millions d’Australiens disparus tragiquement. Une fois dans le couloir, Rich reconnut  l’entrée de la salle d’apparat de l’Opéra de Sydney. Un bal s’y tenait, l’orchestre philharmonique jouait « l’oiseau de feu » d’Igor Stravinsky. Soudain, un homme pressé les précéda, c’était le colonel Humbert. Il entra et annonça à l’assemblée sans ménagement :
— Gouverneur, c’est arrivé !

 

capture marie ann jean jude

MARY ANN et JEAN

Qui frappe à la porte du chalet alors que Mary Ann et Jean sont nus ? Quelle est cette urgence qui va interrompre leurs coïts ? Mary Ann et Jean sont surpris et gênés. Quelqu’un connaît leur lieu de rencontre, peut-être même les épie depuis le début par la fenêtre !
— « Mary, Jean, ouvrez la porte, il y a le feu », hurle une voix féminine derrière la porte. « Dépêchez-vous de finir, bordel », reprend-elle hurlant encore plus fort.
Jean remonte son pantalon à la hâte, le retient d’une main. L’intruse tambourine à la porte, un cadre fixé au mur du couloir tombe. « C’est une folle », pense-t-il !
Mary Ann, nerveuse, n’arrive pas à boutonner son chemisier. Elle mélange mardi et mercredi. Jean déverrouille la porte au même moment où Jude pousse violemment de l’autre côté pour pénétrer dans le bungalow. Jean reçoit la porte en pleine face, il est sonné. Son pantalon tombe à ses pieds, laissant apparaître son sexe encore en érection.
— Jean, monte sur ton cheval et va chercher les secours ! Vite ! Il y a le feu dans le bois derrière ma maison ! Vite ! Et rentre-moi vite ta grosse teub de ouf ! Tu vas effrayer la jument.

Jean est gêné. Son premier réflexe est de la cacher d’une main. Il plie les genoux, attrape son pantalon de l’autre main en se penchant sur le côté, le remonte et referme la fermeture Éclair. Il grimace, serre les dents. La manœuvre a été trop rapide, il a coincé quelques poils d’une orpheline, son service trois-pièces est encore plus imposant dehors, une fois compressé. Il prend une grande respiration, essaie de redescendre la fermeture doucement, mais la douleur l’arrête. Il a des suées et souffle.
— Allez grouille-toi, t’es con ou quoi, j’ai déjà vu ton braquemard ! Mais qu’est-ce que tu me fais, là ?
Mary Ann s’avance à son tour. Ses cheveux sont décoiffés, elle les ramène en arrière.
— Comment ça, tu l’as déjà vue ?
— C’est pas le moment Mary ! Retournons chez moi, Jean part de suite. Allez ! Ne fais pas ta chochotte !
Agacée, Jude se met à genoux et prend la situation en mains. Elle attrape son sexe d’une main, la fermeture de l’autre :
— Respire un bon coup, mon gars, tu vas douiller !
D’un geste rapide, elle descend la fermeture alors que Jean hurle puis remet le paquet en place avant de refermer.
— C’est fait, file ! Elle ne saigne même pas ! D’où vient ce sang ?
Elle réalise.
— Ah ! Les dégueus !
Le jeune homme bondit sur son destrier et chevauche au galop jusqu’aux écuries. Il n’a jamais traversé la ville aussi vite, même pendant le « Race Town », l’an dernier.

 

 

LE COMBAT DE SHAMANS

arborigène Kakadu parkLa moto que nous avions volé au chef de gang des Hells Angels avait dépassé Lumeah lorsque Rich stoppa au bord de la nationale 30. Un épais brouillard recouvrait la route, impossible de discerner quoi que ce soit à vingt mètres. Emy relâcha son étreinte autour des reins de son père pour descendre.

 

Le temps s’était rafraîchi à mesure de leur progression. Il faisait à présent une température proche de zéro degré. Rich mit la bécane sur sa béquille et scruta l’horizon. C’était donc vrai ! Ils pénétrèrent à pied dans le brouillard. Emy n’avait jamais combattu contre les forces du mal. Sa dernière expérience avec les esprits remontait à son passage dans les montagnes du parc Purnululu. Emy n’en était pas sortie gagnante puisqu’elle était « morte ». Les esprits l’avaient réanimée à coups d’électricité. Rich et Emy percevaient une présence hostile. Rich avait moult fois combattu depuis une année sous toutes les formes. Il avait été intronisé SHAMAN l’an dernier après avoir été capturé dans le parc national du Kakadu avec Jess. Il avait pris des substances hallucinogènes.
Il fallut rechercher l’antidote lors de voyages qui mobilisèrent les Blackshadows et d’autres amis. Son point faible, c’est qu’il est limité à des déplacements uniquement les nuits de pleine lune. Ce qui lui occasionne des amnésies et une dégénérescence moléculaire qui peuvent le tuer. Il lui est impossible de remonter le temps de plus de quelques mois, il tombe parfois dans des univers parallèles et a des EMC.

L’État Modifié de Conscience désigne un état mental différent de l’état de conscience ordinaire. Ainsi en est-il des rêves, du somnambulisme, de l’hypnotisme, de l’hallucination, de l’expérience de mort imminente ou du voyage astral — hors de son corps (ECC). À chaque fois, on se situe à la frontière de la conscience et de l’inconscience lors d’états de transe après une méditation ou l’ingestion de drogues.

J’ai la chance pour ma part (dit Emy) d’avoir reçu des pouvoirs accrus EPC : un État de Pleine Conscience qui regroupe l’ECC (le pouvoir de quitter mon corps) ET celui d’interagir sur les éléments ciel, terre et eau, feu en même temps en qualité d’état de conscience shamanique ECS. Ces pouvoirs me font peur. Je ne les ai pas encore utilisés, je ne les maîtrise pas, j’ai peur de ne pas y arriver au moment voulu. Papa est inquiet, il n’a pas de potion pour entrer en transe et ne sait pas comment se défendre sans cela, note Emy.

Au bout de quelques mètres j’ai des palpitations. Mes oreilles bourdonnent et mes cheveux se chargent en électricité. « Je ressemble à un épouvantail ». Mes mains tremblent, je ne les contrôle plus. Mes yeux me font mal aussi, ils s’éclaircissent jusqu’à devenir presque blancs. Soudain, dans la brume nous aperçûmes un groupe d’Aborigènes en tenue de guerriers avec des lances. Ceux-là mêmes qui nous avaient raccompagnés hors du village et menacés de nous tuer à la prochaine venue.

 

AU MILIEU DE LA BATAILLE DE KATHERINE

bikers gang australiaRich n’est pas maître du temps en matière de glissements temporels. Parfois, il en est l’auteur grâce à l’emploi des runes ; à d’autres moments il y a été contraint par la prise de potions aborigènes. Cette fois, un flash lumineux provenant d’un être supérieur les a fait voyager juste quelques instants avant l’arrivée du train lors de cette bataille.

 

En se réveillant, Rich et Emy constatent qu’ils se trouvent quasiment sur un champ de bataille. Emy reprend à son tour ses esprits. Elle reste recroquevillée le temps d’analyser la situation.
— Où suis-je, et quand ? Pourquoi avoir glissé en même temps que papa ? se questionne Emy.
— « Mission annulée ! Mission annulée ! », hurle Rich en se levant aux commandos postés devant les portes ouvertes du wagon et se tenant par la ceinture au soldat précédent. Personne ne l’écoute. Il est en civil, probablement encore le directeur des parcs et zoos et pas encore « major en activité ».
Les escadrons de commandos se positionnent comme ils peuvent en descendant du train qui roule au ralenti. Des salves de plus en plus longues et intenses mitraillent leurs positions. Rich se penche par la lourde porte en fer ouverte alors qu’Emy tente de retenir des hommes comme elle peut en les repoussant à l’intérieur du wagon.
Le convoi est accueilli à l’entrée du terminal passager par l’explosion de charges de C4. Bien que rustique, ce vieil explosif est encore efficace en 2067. Les quatre véhicules des ‘forces tactiques’ modifiés pour rouler sur la voie de chemin de fer sont détruits en un instant dans la déflagration. Le train ne s’arrête pas pour autant, pousse les carcasses des véhicules en feu, et entre dans la gare à vive allure. La locomotive stoppe tant bien que mal en fin de course, surchauffant. Elle pourrait prendre feu à tout moment. Le freinage d’urgence a causé des étincelles visibles jusqu’au niveau des vitres des wagons.
La première fusillade crible le wagon de tête. Les SOF n’ont guère d’autre choix que d’investir la gare par vague de groupes successifs pour éviter l’incendie et les projectiles. Quelques buggys équipés de tourelles et de mitrailleuses M240, venant d’un char Abraham M1, tirent des munitions 7,62 mm, arrosant les commandos qui en sortent. C’est un carnage, du tir au pigeon.
Même si ces militaires sont rompus au combat, la violence n’en demeure pas moins insoupçonnable. La première équipe des transmissions a péri. Rich crie à nouveau :

— « Mission annulée ! Mission annulée ! Repliez-vous ! C’est un ordre ! REPLI ».

 

Spaceship interior with view on the planet Earth 3D rendering elements of this image furnished by NASA

RICH, UN FUTUR INCERTAIN

Je n’avais pas encore ouvert les yeux que je reconnus les effluves familiers d’eucalyptus, pensait Rich. Un sentiment étrange m’envahissait peu à peu. Je pressentais un danger imminent. Ne me demandez pas pourquoi, je ne saurais l’expliquer. J’étais sur un lit d’hôpital, cela ne faisait aucun doute. J’avais de la peine à émerger, des bracelets magnétiques aux bras et aux jambes entravaient mes mouvements. Une paire de lunettes chromatiques m’empêchait de distinguer les objets et les personnes. Des bips de machines retentissaient de plus en plus fort.
Je me rappelais seulement m’être écrasé avec mon équipe à bord d’un hélicoptère le 9 janvier 2068, rien d’autre. En faisant appel aux pouvoirs des runes, j’avais utilisé le réseau de portes du temps comme seul le gardien des mondes en mouvement pouvait le faire. En quelle année étions-nous, et où ? Quelle mission l’entité m’avait-elle confiée ?
Je ne me souvenais ni d’avoir voyagé une année en compagnie d’Emy, ni de son combat contre un mauvais Shaman qu’elle avait remporté. Mon réveil affolait les personnes présentes dans la pièce. Je les entendais donner des ordres de déverrouillage de codes biologiques. Cela me donna l’impression d’être dans le futur. Un instant plus tard, une soignante m’enleva délicatement la paire de lunettes et me rassura.
« Vous ne devriez pas vous inquiéter, tout ira bien, le médecin-chef est en chemin ».
Ma vue revenait petit à petit, la forte luminosité m’aveuglait. Je me trouvais dans une très grande chambre de convalescence aux murs blancs. Ces machines m’immobilisaient toujours et mon corps n’était relié à aucun fil. Le LIFI fonctionnait donc bien !
J’étais allongé sur une sorte de matelas à air comprimé posé sur un meuble blanc, un fin drap recouvrait mon corps nu et des messages défilaient sur les bracelets numériques accrochés à mes poignets. En levant la tête, j’aperçus une tablette numérique fixée à un bras articulé afficher mes constantes.
Cette femme en combinaison moulante blanche me regardait avec instance en penchant la tête de droite à gauche. À mon tour, je l’imitai. Il me fallait improviser, comprendre leur mode de vie et m’intégrer. Je découvris le crâne rasé de cette trentenaire tandis qu’elle repoussait le drap vers mes pieds pour me palper comme un produit surgelé.
La jeune femme se remit à m’observer. Son visage lisse et pâle n’exprimait aucune émotion. Je tentai un sourire, elle m’imita d’un air forcé. Je n’étais pas apeuré, juste agacé.
Je lui fis signe de la tête de remettre le drap pour me couvrir Popaul, elle ne comprit pas. Je ne trouvais pas cela très naturel, encore moins professionnel. La pudeur aurait-elle disparu dans ce futur que je découvrais ? La grande baie vitrée noire de la chambre se mit à s’éclaircir pour laisser apparaître un paysage forestier. Un chant d’oiseau couvrit le bruit léger des machines. Un homme grand, chevelu, la cinquantaine, entra dans la pièce par une porte coulissante blanche automatisée qui se referma derrière lui.

 

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EMY, NOUVELLES GENERATIONS

Emy arriva de 2082 dans une grotte de Kings Canyon, loin de toute civilisation. Ces parois rocheuses rouges escarpées recèleraient encore de nombreuses surprises. Elle y découvrit des artefacts probablement amérindiens. Emy était stupéfaite. Comment pouvait-on retrouver en Australie centrale des vestiges de cultes d’un continent lointain ? Son regard était attiré par une statuette de taille moyenne dont une lueur jaillissait des cavités orbitaires. Par réflexe, elle posa ses deux runes devant elle et s’aperçut que leurs formes et leurs masses rempliraient parfaitement le trou. Parbleu !

« Ça n’est pas une coïncidence. Oh mon Dieu ! C’est d’ici que papa serait parti ! Et dire que nous vivions tout près ! », s’exclama-t-elle.
Emy fit un pas en arrière et reprit ses pierres rapidement pour les mettre dans la poche de son pantalon moulant. Elle venait d’arriver et ne souhaitait pas repartir sans savoir pourquoi elle avait téléporté ici, et surtout pourquoi ? Autour d’elle de nombreux objets confirmaient la pratique d’un culte ancien. Sa mémoire était sélective, les Entités l’effaçaient partiellement, entre chaque saut ! Seuls des espaces non poussiéreux au sol et sur la table trahissaient le passage récent d’un humain. Sans savoir réellement, Emy les situait d’après ses souvenirs en Histoire aux alentours du XV ou du XVIe siècle, à l’heure de la découverte de l’Amérique. Emy aurait voulu que Rich soit là, après tout « c’était son job ! ». Elle était consciente de ses lacunes en archéologie et en langues :
« J’aurais bien besoin d’un bon gros dictionnaire papier. Ici, une tablette sans connexion LIFI ressemblerait tout autant à un artefact sans mode d’emploi ! », disait-elle.
Sans rien emporter, Emy traversa à pied la vallée pendant une ou deux heures avant d’arriver au promontoire. Un escalier en bois lui permit d’atteindre le sommet qui menait à une route goudronnée. Ses chaussures n’étaient pas faites pour l’escalade et sa tenue se rapprochait plus d’un costume de Star Trek arborant le logo Kakadu que de celle d’un ouvrier agricole. Rapidement , une voiture électrique passa. Un ouvrier d’un certain âge en tenue de travail s’arrêta et lui fit signe de monter.

Sans parler, l’homme se retourna à de multiples reprises vers moi pour mater le décolleté pigeonnant de ma tenue moulante blanche en souriant, nous dit Emy.
« Qu’est-ce qu’ils ont tous avec une belle poitrine saillante recentrée, les hommes ! Est-ce que je mate leur entrejambe poilue, moi ? », poursuit-elle.
D’un geste sûr, elle remonta la fermeture Éclair jusqu’en haut et constata que son 95 B ne rentrait pas. Elle rendit un sourire forcé au chauffeur dont les pouffements accentuaient le grand zygomatique :
« Tu veux mes yeux, pépère ? »
L’homme fixa alors la route en écarquillant les yeux et conduisit jusqu’à destination sans se retourner. Emy me raconta plus tard, nous dit encore Riley :
«Heureusement que la fermeture ne s’était pas ouverte jusqu’en bas, il en aurait fait une crise cardiaque, le papy ! D’autant plus qu’à mon réveil, en 2082, j’avais constaté que le médecin m’avait fait une épilation totale, mon corps ressemblait à celui d’une fillette de 10 ans, le ticket de métro n’était plus à la mode en 2082 ? La taille au-dessus aurait été plus appropriée, c’était la dixième fois que je la refermais depuis mon départ. Les femmes de 2082 manqueraient-elles de lactose ? », ricana Emy bruyamment.

(…) Après quelques minutes de trajet à peine, le véhicule stoppa devant l’administration du village. Je me trouvais devant le hall et reconnus Emy, nous dit Riley. Emy fit un salut militaire en descendant, sans parler à son chauffeur. Embarrassé, l’homme démarra promptement.

 

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